Le monstre de Flatwoods : l’invasion secrète a déjà commencée

Dans la foulée de l’article précédent au sujet des créatures issues de récits de rencontres rapprochées, aujourd’hui lumière sur l’une d’entre elle, particulièrement intéressante du point de vu de son importance culturelle :
Le monstre de Flatwoods.

Les témoignages

Il tire son origine d’un récit de rencontre rapprochée [c'est à dire le témoignage d'un ou plusieurs personne ayant aperçu une créature dans le cadre d'une observation d'ovni.] tout à fait remarquable mais au déroulement relativement classique :
C’est le soir; Un groupe de personne (ici : deux ados, leurs mère et un jeune homme de la garde nationale) aperçoit un ovni; Va voir ce qui se passe; Un chien sens une présence inhabituelle; Apparaît la créature; Les témoins s’enfuient de terreur; Encore sous le choc ils font une déposition à la police; Une battue est organisée sur les lieux par la suite mais ne trouvent pas la créature et aucune trace probante.

On est en septembre 1952, dans les premières années du phénomène ovni tel que nous le connaissons (dont on peut placer le commencement avec l’observation de Kenneth Arnold et l’invention du mot « soucoupe volante » en 1947) et trois ans avant l’affaire Kelly-Hopkinsville dont le déroulement est assez similaire. L’été 1952 aux Etats-Unis est aussi le cadre d’une des plus immense vague de témoignages d’ovnis jamais recensée, dont pas mal resterons dans l’histoire (comme le survol de Washington en juillet).

Aucun besoin de s’étendre sur les différentes hypothèses et explications ni sur les détails des éléments probants ou non. Ce qui nous intéresse ici ce n’est pas la réalité ou la nature de ce qui a été à l’origine de l’observation, mais uniquement sa résonance culturelle.

Entrons maintenant dans le vif du sujet.
Un photomontage représentant la créature est fait par un certain Gray Roscoe Barker, aspirant reporter, qui deviendra par la suite un nom important de l’ufologie.

Barker's representation of the Flatwoods monster for Fate 1953

Photomontage inspiré par les descriptions de la créature.
Barker, G. R.: « The Monster and the Saucer », Fate, 1953

 Les témoins décrivent un être de forme vaguement humanoïde. D’une taille impressionnante (3 mètres 50 de haut). Une face rouge, ronde, dotée de deux « yeux » luisants d’une lumière verte (certains parlent même de rayons lumineux) dans une sorte de capuche ou peut-être une enveloppe translucide pointue comme un as de pique. Le tout surplombant un corps conique, vert et plissé comme du tissus. La créature se dirige vers eux de façon totalement fluide malgré le terrain accidenté et ils supposent donc qu’elle flottait. Clairement, le récit diffère de l’illustration qui en est inspirée. Et cette différence s’accroît dés que l’on commence à entrer dans le détail des témoignages.
D’abord Fred May, un des enfants, insiste sur le fait que c’était d’apparence artificiel et pas un être de chair. « Peut-être qu’à l’intérieur il pouvait y avoir quelque chose qui était vivant, mais ce que j’ai vu était soit un vaisseau spatial, soit une sorte de combinaison. »
Ensuite Kathleen May, sa mère : « Il n’avait pas de bras. Le dessin a montré des bras, mais il n’en avait pas. Cela avait plutôt l’air d’antennes qui en sortaient, entre le corps et la tête. »
Les témoins parlent également d’une odeur métallique épouvantable, qui les auraient rendus malade et qui a été également constatée par les personnes venues en renforts par la suite. Ils rapportent aussi que des sortes de vapeurs opaques étaient émises par la base conique de la créature, ainsi qu’une substance huileuse.
D’autres représentations ont été tentées par la suite, essayant de coller plus fidèlement au récit. Mais à l’évidence on est là face à une vision qui défie notre capacité à en produire une figuration exacte.

Representation of the Flatwoods Monster encounter according to the witnesses. Mechanical creature in the woods projecting light beams from it's eyes.

Illustration de couverture pour le livre « The Braxton Monster », par Frank C. Feschino, Jr.

C’est là que commence sa seconde vie.

La transmissions dans la culture visuelle

Dans les décennies qui suivirent, le monstre de Flatwoods entra dans le bestiaire du paranormal nord-américain; Très nettement parmi les moins connues, aux côtés de l’Homme-Phalène (Mothman) et du Chupacabra et bien loin de la célébrité des icônes comme le Bigfoot/Sasquach ou le petit gris (mais sans être non plus une référence totalement obscure, comme Momo le monstre du Missouri).
Ce sera sa première représentation, celle de Barker, qui fixera durablement l’image de la créature dans l’imaginaire collectif : être dont on ne distingue pas bien où s’arrête les habillements et où commence le corps, doté de bras mince aux doigts crochus et à la tête surplombée d’une capuche.

Flatwoods monster vinyl figurine

Flatwoods Monster Handpaint by Kazumitsu Akamatsu (Marmit)

drawing of the Flatwoods monster

Flatwoods Monster by Monster-Man-08 on Deviant Art

L’histoire du monstre prend à nouveau un tour étonnant lorsque sa notoriété franchira le Pacifique. Il sera surnommé au japon 3Mの宇宙人 (« L’extra-terrestre de trois mètres ») et aura là-bas un impact culturel bien plus profond que dans son pays d’origine.

Le nom à lui seul, mérite qu’on s’y attarde. Il est spécifique au Japon et d’une nomenclature inhabituelle mais néanmoins employé avec une certaine constance.
D’une manière générale, les apparitions de rencontres rapprochées sont généralement désignées par le nom de l’endroit où elles ont été observées (comme la créature de Paciencia ou celles de Varginha); occasionnellement elles sont baptisées en fonction de leur apparence (l’homme-phalène); ou, plus fréquemment, les deux (le géant de Voronezh, les cerveaux de Palos Verdes). Comme on pouvait s’en douter, ce surnom « l’Extraterrestre de 3 Mètres » est attribuable à une source première, unique. C’est l’écrivain et ufologue Nanshan Hiroshi qui en fut à l’origine et en répandis l’usage en même temps qu’il popularisa l’image de la créature, dans un livre puis une émission télévisée diffusés dans les années 70 alors que les ovnis connaissaient un immense gain d’intérêt dans le pays.
Toute une génération d’enfants fut ainsi durablement influencée et conserva l’usage du nom. Mais pas seulement. C’est aussi tout une imagerie qui fit ainsi son chemin. Non pas l’imagerie ufologique mais, plus précisément, l’imagerie ufologique de Nanshan Hiroshi.
Finalement, l’approche mémétique de la culture n’est pas très différente de l’analyse génétique de la généalogie : on identifie un élément (un mème ou un gène) qui varie peu et on regarde par où il est passé.
Et l’Extraterrestre de 3 Mètres -c’est à dire la représentation transmise par Nanshan Hiroshi, inspirée par l’illustration de Gray Roscoe Barker -et donc différent de la vision des témoins- devint au Japon le synonyme visuel pour « extraterrestre paranormal » un peu comme le deviendra le « petit gris » en occident bien plus tard.
Voici une liste des apparitions notables du Monstre de Flatwoods dans la pop-culture japonaise. [tout du moins, toutes celles que j'ai pu retrouver]

Les apparitions de l’Extraterrestre de 3 Mètres

On le retrouve beaucoup dans les jeux vidéos.
D’abord dans le jeu Amagon, en 1988, comme « boss final ».
Flatwoods monster, final boss of the game Amagon

Puis comme boss du niveau 2 dans Space Harrier, toujours en 1988
Flatwoods monster as the boss in Space Harrier

C’est à nouveau un boss de fin de jeu dans Tumblepop, jeu d’arcade de 1991
Flatwoods monster as the boss of the space level in the arcade game tumblepop

C’est un type récurrent d’ennemi dans la série Wild ArmsTwo flatwoods monsters as hayokonton enemies in the Wild Arms games

Ils sont étrangement appelés « hayokonton ».

Il faut cette fois-ci les secourir, dans le jeu UFO a day in life de 1999
Ils y sont explicitement référencés sous le nom de « Flatwoods ».

Dans Zelda Le Masque de Majora sortis en 2000, le héros Link doit, dans un mini-jeu assez angoissant, leurs empêcher d’accomplir ce qui semble un mélange de scénario d’abduction, de mutilation de bétail et de l’affaire Kelly-Hopkinsville.
Flatwoods monster as

A noter : les créatures ont leurs propre thème musical, avec des accents imitant les Ondes Martenot stéréotypique des films de Science-Fiction des années 50.

Enfin, Dr Weil, le adversaire récurrent de la série Mega Man Zero (2002) aurait un design inspiré par la créature.

Concept art of Dr Weil main antagonist of the Mega Man Zero video game serie

« Aurait ». Mais c’est discutable.

On en retrouve quelques références dans l’animation, mais plus difficile à pister. La liste est donc assez courte.

En 1995, dans la série animée Neon Genesis Evangelion le « 5ème ange » Shamshel est lui-aussi inspiré par le monstre de Flatwoods, de façon distante.
Artwork of Shamshel the 5th angel from neon genesis evangelion

Son créateur, Yoshitoh Asari, prend une large liberté vis à vis de l’image de base mais en gardant les quelques éléments de forme les plus bizarres ce qui conduit au final à une créature étonnamment inventive et singulière.
Elle ne détonne pourtant pas vis à vis du reste de la séries dont les monstres brillent par une originalité et une élégance presque sans égal dans la décennie. [A noter que l'animé Gunbusterméconnu et pourtant très réussi, sorti quelques années plus tôt en 1988 et produit par le même studio, la Gainax, compte lui aussi un bestiaire remarquable, d'une conception incroyablement inventive et esthétiquement audacieuse absolument saisissante. Il faudra revenir dessus à une autre occasion.]

3D Concept art of Shamshel the 5th Angel for rebuild of Evangelion

Pour « Rebuild of Evangelion », la reprise de la série, Shamshel connu quelques transformations mais son apparence générale resta similaire.

Le manga humoristique Sergent Keroro compte également une référence directe à l’Extraterrestre de Trois Mètres, sous la forme d’un personnage, un extraterrestre, appelé précisément 3M.
Sans surprises, puisque le manga et l’animé fourmillent de références, parfois tout à fait pointues, à l’histoire de l’ufologie et du paranormal.

Artwork of 3M the alien from the manga Sergeant Keroro

Il fait également une apparition dans l’animé Shin-Shan et le manga Mudazumo Naki Kaikaku[Mais je ne suis pas parvenu à trouver de références visuelles pour le corroborer]

Quelques mots pour finir

L’image de la créature de Flatwoods a laissé de côté énormément d’éléments faisant partie de l’affaire d’origine. Donc beaucoup de matière pour de futurs développements. En s’appuyant sur la description faite par les témoins par exemple.
Il existe aussi une affaire connexe, sensée s’être produite le lendemain et toujours à Flatwoods mais qui fut rapportée des années plus tard : Un couple en voiture sur une route traversant les bois aperçoit une créature semblant léviter, dont le corps en dessous de la taille correspond à la description des autres témoins mais possédant un torse, une tête et des bras vivants et « reptiliens ». Certains chercheurs se sont donc empressés de faire le rapprochement et supposer que la seconde créature n’est autre que la première ayant enlevée la partie supérieure de sa (sorte de) combinaison. Dans un jeu vidéo ça pourrait correspondre à la deuxième forme d’un adversaire de fin de niveau, après être venu à bout de sa première couche d’armure.

drawing of the Flatwoods lizardman, second Flatwoods creature

Pour ceux qui ont envie de se faire peur, maintenant : Il y a encore en ce moment de nombreux témoignages rapportant avoir vu des êtres similaires. Au Mexique. Là-bas ils les surnomment des « Brujas » -des sorcières- et elles ont même été filmées…

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